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27 May 2007

Citoyens du monde

 

A propos de la Serbie… et de tous les pays du monde !

 

La dernière carte publiée sur le blog (« La répartition ethnique des Albanais ») vient de susciter un commentaire intéressant dont voici le contenu :

 

« Faux: les kosovars sont serbes. Il y a eu une immigration massive d'albanais, ainsi qu'une natalité très importante chez ces immigrés.
Le guerre du Kosovo, le terrorisme de l'UCK, soutenu par l'Union Européenne ont fait fuir les populations serbes de leur territoire. C'est au Kosovo qu'est situé le lieu de la bataille du Chant des merles, haut fait militaire serbe.

Le Kosovo est serbe et doit le rester!
 »

 

Je voudrais vous faire part à présent de ce que l’on trouve sur la page « Serbie » de Wikipedia dans les toutes premières lignes de l’article :

« Arrivés dans les Balkans dès la fin du Ve siècle,(c’est moi qui souligne) en provenance de diverses régions des actuelles Pologne, Russie et Ukraine, les Slaves se partagèrent les restes des Empires romains d'Orient et d'Occident : les provinces de Dalmatie, Pannonie, Mésie et Thrace.

Les Slaves migrèrent en masse dans les Balkans jusqu'en Grèce, où ils furent présents jusqu'au XIIe siècle. Les toponymes balkaniques traduisent cette présence générale des Balkans par les Slaves, puisqu'on en trouve aussi en Roumanie, en Albanie et en Grèce.

Les Serbes furent, avec les Croates, parmi les dernières tribus slaves à s'installer dans la péninsule balkanique, à l'invitation de l'empereur byzantin Héraclius, en lutte avec les Avars. Un Royaume serbe est fondé au IXe siècle mais se disloque dès la fin du XIIe siècle. »

 

Donc si j’adopte la logique du commentaire relaté plus haut, j’en déduis que les habitants actuels de la Serbie ne sont pas Serbes car le territoire actuel n’était pas peuplé de Serbes avant le Vè siècle !

Et que dire de la Voïvodine (province autonome de la Serbie actuelle qui compte plus de 25 groupes ethniques différents et six langues officielles) qui ne fût pas de tout temps serbe ?

Et que dire également de l’Albanie, de l’Ancienne République Yougoslave de Macédoine (Macédoine actuelle) et de tout le nord de la Grèce qui, vers 1350, se trouvaient sous la domination de l’Empire serbe ? Ces derniers sont-ils Serbes ou pas ? 

 

Une certaine idée de l’Homme
 

Avec une telle logique, on comprendra que personne n’arrive à se mettre d’accord car, un jour passé, il y a toujours eu une réalité qui peut venir contredire celle du présent. N’oublions pas qu’une très grande majorité de conflits dans l’histoire et encore dans le monde actuel naissent de cette vision de l’identité et de la possession territoriale terrestre qui lui est accolée. Une vision qui est le fruit, comme toute les identités, d’une construction. Mais une construction qui n’est jamais achevée, ni jamais fixée une fois pour toute. Cette construction de l’identité peut prendre un nouveau chemin et notamment s’insérer dans celui de la DEMOCRATIE et des DROITS DE L’HOMME.

 

Dans une démocratie, on s’adresse à une population de CITOYENS avant de s’adresser à des Français, Slovaques, protestants, musulmans, végétariens, violoniste, rappeurs, fan de Chantal Goya ou encore de Zidane, etc. Et c’est justement ce principe qui rend la démocratie universelle. Dire qu’elle est le meilleur des systèmes est faux ! Dire qu’elle représente le moins pire, comme le disait Churchill est faux également. Tenir de tels propos ne peut qu’affaiblir la démocratie. Ce qu’il faut dire c’est que cette dernière représente avant toutes choses UN CHOIX ! Le choix d’UNE CERTAINE IDÉE DE L’HOMME et UN CHOIX DE SOCIÉTÉ, UN CHOIX DE VIVRE ENSEMBLE !

L’auteur de ce blog ainsi que Yves, mon partenaire de voyage, ne cherchons pas à trouver la vérité ou à faire la promotion du meilleur des systèmes politiques. Nous ne faisons que promouvoir les idées et les valeurs précédemment citées. Ces idées et ces valeurs sont défendues au sein de la démocratie et par le respect des Droits de l’Homme (reste que, bien sûr, la démocratie ne suffit pas, elle n’est qu’un préalable. Idem des Droits de l’homme qui, comme la démocratie, sont avant tout une culture à acquérir, qu’un système politique et institutionnel à mettre en place… large débat).

Une petite histoire de l’humanité
 

De par ma formation d’historien j’ai tendance à voir les choses humaines dans le long terme et ce qui me parle avant tout c’est la très longue ancienneté de l’humanité. L’Homo sapiens a un âge d'environ 200 000 ans et je ne pense pas qu’on puisse sérieusement se demander si ce dernier était chinois, finlandais, boliviens ou nigérien ! L’histoire de l’Homme est longue et celle des nations est bien courte. Cette dernière n’a que plus de 200 ans, soit 1000 fois plus jeune que celle de notre ancêtre Homo sapiens. Rien ne dit que cette construction humaine, cette idée, cette organisation sociétale ne survive jusqu’à la fin des temps ! Ernest Renan lui-même, référence incontournable de la théorie nationale en France, est l’un des premiers à avoir dit que les nations n’étaient pas éternelles et qu’elles seraient probablement remplacées un jour par l’Europe !

Et puis l’Homme, comparé à la Terre et à l’Univers, qu’est-il vraiment ? Je vous fais part d’un calcul intéressant. Imaginons qu’il se soit écoulé un an depuis la création de notre planète Terre. Cette dernière serait donc née le premier janvier. La vie sur terre est alors apparue en novembre. La période des dinosaures a débuté le 12 décembre pour se terminer le 25 du même mois (soit 165 millions d’années) et, enfin, l’Homme est apparu le 31 décembre, un peu après 20 heures…

De ce point de vue il peut paraître encore étrange de considérer quelques centenaires comme l’éternité ou encore de penser qu’un quelconque groupe humain peut avoir plus de droits qu’un autre sur une terre parce qu’il y a résidé (de son point de vue, bien sûr) pendant X années ou centenaires, voir même millénaires.

La construction européenne, conséquence de l’idée démocratique et des Droits de l’homme.
 

Alors si, comme moi, vous êtes avant tout attaché à une certaine idée de l’Homme, à une certaine idée du vivre ensemble, des idées défendues par la démocratie et les Droits de l’Homme, il y a de grandes chances que vous soyez attaché à la construction européenne (je n’ai pas dit ici que tout ce que faisait l’Union européenne était génial ! C’est une construction à mon sens tout à fait inachevée et qui se trouve dans un bien mauvais état justement à cause de son inachèvement qui ne lui permet pas d’avoir les moyens de ses ambitions). La démocratie ne nie pas les identités particulières, au contraire, elle permet à chacune d’entres elles de s’épanouir au contact des autres et donc de la différence. La Lorraine ne va pas demander, demain, à quitter la France si cette dernière à des problèmes ou éprouvent des difficultés. Pourquoi faudrait-il quitter l’Union européenne ou, de manière plus large, le monde, en invoquant la « non-réalité » ou la « non-crédibilité » de ces derniers ? Ce n’est pas en se réfugiant derrière des murs ou dans son « ethnie » qu’on réussit à régler des problèmes qui sont d’une toute autre ampleur.

Personnellement, avant de voir des Danois, des Libyens, des Panaméens ou encore des Indonésiens, je vois avant tout des Etres humains. Certes ceux-ci sont tous différents et tant mieux. Cela n’enlève rien au fait que nous ne pouvons faire autrement que de vivre ensemble sur notre petite planète et qu’il faut bien trouver un moyen de régler nos différends et les problèmes que nous avons tous à affronter. On peut choisir de régler nos différends de manière guerrière ou pacifique. Je choisis la voie pacifique ! On peut choisir de régler nos problèmes chacun dans son coin ou essayer de les régler tous ensemble. Je choisis d’essayer ensemble par soucis d’efficacité ! Ces deux choix sont toujours les plus difficiles. Ils demandent de la patience, de l’humilité et le fait d’accepter que l’on n’ait pas toujours raison… défi hautement difficile pour les Etres humains qui sont le plus souvent pétris d’une fierté et d’une mauvaise foi à toute épreuve.

 

Faire face aux défis de l’avenir
 

Aujourd’hui, il est bien inutile de préciser que les défis auxquelles doit faire face l’humanité sont immenses, que chacun de nous est concerné et qu’aucun pays sur cette planète ne peut prétendre les régler seul dans son coin.

Ce qui nous attend est un « virage global » [1], un changement d’échelle, un challenge très largement conceptualisé dans une foule impressionnante de livres, rapports, études et revues en tout genre.

Pour faire face au siècle à venir, il va falloir faire des choix et on peut se demander si l’humanité choisira le plus difficile, celui de la démocratie, des Droits de l’homme et de la paix, soit la facilité, et donc le replis sur soi, l’égoïsme et le chaos.

 

Ce que défend la construction européenne c’est une certaine idée de l’Homme et de l’humanité, du vivre ensemble et de la gestion des problèmes auxquelles nous avons à faire face. Cette idée de l’homme ne peut être défendue par la seule Union européenne. C’est la raison pour laquelle cette dernière ne peut être qu’un membre d’une communauté plus large de protagonistes qui participent tous, à l’échelle mondiale, à la gestion démocratique des affaires du monde.

 

C’est l’idée que défend le fédéralisme, un monde géré de manière démocratique et qui permette la fin de la guerre de tous contre tous, qu’il s’agisse des individus comme des nations. Substituer à la gestion violente des conflits une gestion démocratique de ceux-ci.

C’est l’idée que défend le projet de la construction européenne. La question n’est pas de savoir si cela est possible ou pas, mais plutôt de savoir si l’on tient à s’engager pour ce projet. Car c’est un projet, une volonté, et voilà pourquoi elle est la voie la plus difficile. C’est une voie qui n’est pas naturelle à l’Homme, tout comme la démocratie et les Droits de l’Homme. Se replier sur soi ou sur son ethnie est un renoncement, UN CHOIX ! Militer pour la démocratie et une idée de l’homme n’est pas s’engager pour la vérité ou pour le bien, c’est s’engager sur une voie, c’est CHOISIR une certaine idée de l’homme.

L’action de chacun d’entre nous est importante mais beaucoup se demandent comment agir ?

 

Citoyens du monde
 

Il y a des gestes simples, qui donnent l’exemple et font avancer les choses dans la direction que nous choisissons.

Une idée ? Et si vous deveniez, demain, Citoyen du monde ? Non, ce n’est pas une blague ! Vous pouvez recevoir votre carte d’identité de Citoyen du monde. Il suffit d’en faire la demande. J’ai moi-même ma carte depuis presque deux ans :-)

Voici le site Internet : http://citmonde.free.fr/

 

Je termine par deux petites citations bien connues mais toujours aussi efficaces du très illustre Victor Hugo :

 

« Il vient une heure où protester ne suffit plus : après la philosophie, il faut l’action. »

« La première phase du possible, c’est d’être impossible. »

 

Et pour éviter de me faire taxer de franco-français, j’ajoute quelques citations du sublime poète et écrivains argentin Jorge Luis Borges :

 

- « L’idée de frontières et de nations me paraît absurde. »

- « La seule chose qui peut nous sauver est d’être des citoyens du monde. »

- « Regarde bien les drapeaux, les douanes, les militaires, les curés, car tout cela va disparaître et tu pourras raconter à tes enfants que tu l’as vu. »

Bien à vous,

Michel

 

[1] Ervin Laszlo, "Virage global: l'effonfrement de notre monde est-il inévitable?", les éditions de l'Homme, 2002. 

11:50 Posted in ANALYSES | Permalink | Comments (0)

18 November 2006

Commentaire analyse Serbie

Louise Lambrichs

 

 Romancière française

 

 

Je publie ci-contre le commentaire qu'a suscité à Madame Lambrichs la lecture de l'article d'analyse sur la Serbie. 

Sans pour autant connaître l'auteur, ni le contenu précis de ses ouvrages, Madame Lambrichs semble être un auteur reconnu pour la qualité de son travail. 

 Voici donc son commentaire accompagné des références de son ouvrage "Nous ne verrons jamais Vukovar" dont vous pouvez trouver facilement un résumé sur Internet (ex: http://www.bibliomonde.com) et dont l'intérêt semble être à la hauteur du défi que représente la transition démographique dans cette région des Balkans.

 

Michel 

 

 

"J'ai lu votre article sur la Serbie, dont j'ai bien aimé le ton. J'ai
apprécié aussi les questions que vous soulevez, et qui me paraissent
capitales, à savoir ce qu'apprennent les Serbes à l'école, et cette
victimisation permanente (qui remonte notamment au lendemain de la
Deuxième Guerre mondiale, voir Serbia's Secret War, de Philip J. Cohen).
De mon côté, j'ai écrit un livre intitulé Nous ne verrons jamais Vukovar,
et qui éclaire - me semble-t-il - l'ensemble de la guerre et sa logique
générale.
Le problème des nationalistes serbes est qu'ils sont négationnistes de
leur propre histoire (ce que montrent les documents que j'ai publiés,
issus des archives de Belgrade). D'où cette "répétition déplacée" que
constitue cette guerre-ci, par rapport à la Deuxième Guerre mondiale.
Si vous interrogez des habitants de Croatie, de Bosnie et de Serbie,
beaucoup vous diront que cette guerre est une "répétition". Le problème,
c'est qu'ils ne savent pas pourquoi...
Je suis en train d'écrire la suite, pour montrer le type de travail de
mémoire qu'il faudrait engager dès maintenant, avec la jeune génération.
Cela dit, comme je critique fortement la politique de Mitterrand et de
Kouchner au départ (au moment de la guerre de Croatie), j'ai quelques
difficultés à me faire entendre.
C'est d'autant plus regrettable, à mes yeux, que ce silence compromet
l'avenir. Il est impossible pour les jeunes générations de se réconcilier
si l'on ne remet pas l'histoire en place. Mais les néo-négationnistes sont
très nombreux, malheureusement. Et de plus en plus, avec l'islamophobie
galopante...
Le mythe majeur à critiquer, en Serbie, est l'idée (répandue par
Draskovic, notamment) que les Serbes ont subi un génocide "comme les
Juifs". C'est la doxa actuelle, et depuis longtemps. Or, les Serbes ont
aussi bien exterminé les Juifs que l'ont fait les Croates. La tradition
antisémite serbe était très profonde, avant la Deuxième Guerre mondiale.
Les documents que j'ai publiés le montrent. Les jeunes Serbes devraient
travailler sur cette question. C'est de cette façon, me semble-t-il,
qu'ils pourront démasquer les nationalistes et s'orienter vers une vraie
démocratie...

Cordialement,

Louise L. Lambrichs
"

 

Louise L. Lambrichs

Nous ne verrons jamais Vukovar

Editions Philippe Rey , 2005.

 

20:30 Posted in ANALYSES | Permalink | Comments (0)

04 August 2006

Analyse Serbie

SERBIE

 

Pour la Serbie (encore Serbie-Monténégro lorsque nous y avons séjourné) nous souffrons du même handicap que la Slovénie. Nous n’y sommes restés que 10 jours et, à l’exception d’une petite excursion de deux jours en Voïvodine, notamment dans les villes de Novi sad et Sremski Karlovci, notre expérience se limite à Belgrade. De plus, nous n’avons réussi à organiser aucune intervention, ce qui nous a permis tout de même de souffler après l’intensité de notre expérience en Bosnie-Herzégovine.

 

Nous avons donc logé 10 jours dans l’appartement de trois jeunes étudiants, pourtant déjà eux-mêmes à l’étroit, mais qui ont su nous accueillir avec une hospitalité irréprochable. Nous apprendrons beaucoup au cours de nombreuses discussions, notamment avec Igor, lui-même membre des Jeunes européens fédéralistes de Serbie. Ce dernier prendra beaucoup de plaisir à nous éclairer sur la question du Monténégro, qui allait bientôt se prononcer par référendum sur son indépendance, sur le Kosovo, qui, plus que son indépendance, veut avant tout se détacher de la Serbie et, enfin, sur l’histoire tourmentée de son pays natal.  

 

    Serbie, Monténégro, Kosovo... 

Au sujet du Kosovo, d’après Igor, « aucun politicien serbe ne peut ouvertement se prononcer pour l’indépendance de cette province encore sous administration de l’ONU, car cette dernière reste, historiquement, le « berceau » de l’état serbe ». Mais, poursuit-il, « il ne fait aucun doute que la Serbie ne pourra sérieusement s’occuper de ses propres problèmes qu’une fois débarrassée de la question Monténégrine et surtout kosovar ». Et de conclure que, « tout le monde en est bien conscient ! »

 

Or si l’on regarde une carte géographique des Balkans, la Serbie sans le Monténégro et le Kosovo redevient un petit pays d’à peine 8 millions d’habitants, qui n’a plus rien à voir avec l’ex-Yougoslavie, fédération de 20 millions d’habitants dont les Serbes était la nationalité la plus nombreuse. Encore un pays européen victime du syndrome du « déclassement ».

Néanmoins la Serbie semble être la cause même de son « déclassement » tant les événements des guerres balkaniques des années 1990, et en premier lieu l’un de ses principaux commanditaire, Slobodan Milošević, semblent lui donner tous les torts.

 

 

    Un pays en voie de ’’normalisation démocratique’’

 

Le Tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie a condamné bon nombre de dirigeants serbes pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide (Milošević [1], aujourd’hui décédé, Vojislav Šešelj [2]), dont certains courent toujours (Ratko Mladić [3] et Radovan Karadžić [4]).

Aujourd’hui, même si la Serbie n’est plus une menace pour ses voisins, sa normalisation démocratique est loin d’être aisée, tant semble continuer à la hanter ses démons nationalistes. Les événements populaires du 5 octobre 2000, qui avaient abouti à l’éviction de Milošević et à l’élection de Vojislav Koštunica, avaient nourri beaucoup d’espoirs. Mais l’assassinat du Premier ministre réformiste Zoran Dindić, le 12 mars 2003, mit un coup d’arrêt aux réformes progressistes.

Depuis, rien ne semble pouvoir remettre la Serbie dans la droite ligne d’une normalisation démocratique et d’une future insertion au sein de l’Union européenne. Au point que cette dernière a récemment arrêté ses discussions avec l’Etat serbe autour du fameux « Accord d’Association et de Stabilisation » (ASA), préalable aux négociations d’adhésion à l’UE.

 

    Ces discours par lesquels le malheur arrive

 

J’avais soigneusement évité de répondre à la question des causes du déclenchement du conflit au sujet de la Bosnie-Herzégovine. Mais, après ce cours séjour en Serbie, à avoir croisé dans les rues de Belgrade ou de Novi sad des êtres humains apparemment comme tout le monde, j’aimerai tout de même me pencher sur le problème. Je laisse aux spécialistes de l’ex-Yougoslavie la fastidieuse énumération des faits précis qui ont pu amener au déclenchement du conflit pour m’intéresser davantage aux comportements humains ou nationaux en général.

 

Tout d’abord, l’utilisation, par Milošević, d’un nationalisme exacerbé pour conquérir le pouvoir. Une forme d’extrémisme national bien trop connu, qui lui aura fait dire que « les frontières sont toujours dictées par les plus forts. Nous considérons que c’est un droit légitime pour le peuple serbe de vivre dans un seul pays. Tel est le début et telle sera la fin. Et si nous devons nous battre pour cela, Dieu est mon témoin, nous le ferons ! ».

Dans cette triste histoire, c’est moins la folie de cet homme qui m’interpelle que le fait que la plus grande partie d’un peuple ait été sensible à ces paroles (bien entendu tous les Serbes n’ont pas suivi Milošević). Pourtant ces paroles ressemblent tellement à celles d’un autre que tout le monde a reconnu et coupable d’une partie des pires atrocités du siècle dernier.

Comment une personne qui a étudié la Deuxième guerre mondiale peut-elle prêter du crédit à de tels propos ? Que peuvent bien apprendre les Hommes de leurs parents ou de l’enseignement scolaire pour ne pas voir qu’ils réitèrent les mêmes erreurs que le passé a fait commettre à d’autres ?

 

 

    Victimes et bourreaux

 

Mais il y a pire encore ! Comment un peuple qui fût si souvent dans la situation d’une victime, conquis et soumis durant la plus grande partie de son histoire au point de n’avoir presque jamais existé librement, peut-il se retrouver aussi facilement à la place d’un bourreau ?

Ce qui est le plus spectaculaire est que si je rencontre un serbe et que j’ai le malheur de lui dire qu’il s’est conduit comme un bourreau, je risque fort de me faire cracher au visage… dans le meilleur des cas ! Car le nouveau bourreau ne se sent pas comme tel, il est avant tout une victime incomprise !

 

 

    La question du Kosovo 

 

Comme le laisse si bien entendre l’excellent guide touristique de la Serbie que Igor et ses colocataires m’ont offert pour mon anniversaire, les Serbes ont toujours été, de part l’histoire, et sont encore et toujours des victimes dans le cas du Kosovo. Le guide affirme même que « les Serbes du Kosovo sont les seuls personnes en Europe qui n’ont pas accès aux droits de l’homme les plus élémentaires alors même qu’ils sont sous administration de l’ONU : pas de sécurité pour leur vie en dehors des enclaves de protection de l’ONU, pas de droit de mouvement, pas de droit de travailler… » [5] Tout est affaire de point de vue !

Certains autres, comme notre militaire serbe de Banja Luka, continuent d’affirmer que la Serbie a été injustement victime des bombardements de l’OTAN en 1999 alors qu’elle ne faisait que réprimer, dans le cadre d’une action de police tout à fait légale, les actions de dangereux terroristes au Kosovo. On croirait entendre la France, qui a mis près de 40 ans à admettre que la guerre d’Algérie était belle et bien une « guerre » et non pas une « opération de police » [6].

 

 

    Les Hommes veulent-ils vraiment vivre en paix ?

 

Je repense aux Plaidoyer pour la paix d’Erasme, écrit en 1516, qui met en lumière ce qui, pour lui, sont les vraies causes de la guerre. Elles sont très simples : c’est avant tout que les hommes ne veulent pas la paix ! Il en est à mes yeux de même aujourd’hui : les hommes ne veulent pas la paix ou ne veulent pas vivre ensemble !

Car si tel était le cas, il n’est pas difficile de constater qu’aucun peuple sur terre n’est innocent ou parfaitement bon et juste. Et au petit jeu de celui qui est plus coupable que l’autre, chacun doit admettre qu’il a des fautes à son actif. Seule une véritable volonté de paix et de vivre ensemble peut conduire à cette prise de conscience. Seule une véritable volonté de paix et de vivre ensemble changerait profondément l’enseignement scolaire.

 

 

    Ethnocentrismes nationalistes

 

Un Serbe apprend avant tout l’histoire des serbes et non celle des hommes. On lui dit avant tout qu’il est un martyr de l’histoire sans lui dire tous les milliers d’autres peuples de par l’histoire et de par le monde actuel qui sont également des victimes. Un Serbe sait-il quelque chose de l’histoire de la Norvège, du Chili ou de l’Ouganda ? J’en doute ! A-t-il déjà discuté avec un Iranien, un Thaïlandais ou encore un Japonais ? A-t-il déjà une seule fois dans sa vie entendu parler finlandais, sénégalais, ou encore vietnamien ? Peu probable également !

Par contre il sait sur le bout des doigts que les Turcs l’ont occupé pendant cinq siècles, que les Serbes ont toujours été maltraités dans l’histoire, qu’il a toujours été une victime. Jetez plutôt un œil sur cet extrait d’article du Monde diplomatique de 1995 [8], faisant état de ce qu’apprennent les jeunes à l’école dans les Balkans :

« Nous sommes le seul peuple juste et bon, et pourtant l’injustice s’acharne contre notre innocente nation serbe. Tous les cinquante ans, une épée apparaît sur nos têtes et un génocide s’ensuit. » C’est ainsi qu’une jeune Serbe réfugiée de Croatie, Dusica L., quinze ans, élève d’un collège de Belgrade, s’exprimait dans un devoir d’histoire. Pour illustrer son propos, elle décrivait les souffrances endurées par sa propre famille au début de la guerre. Son professeur, Jelena H., émue à la lecture de ce texte, lui attribua une excellente note, affirmant que Dusica « portait l’histoire en son coeur ».

 

 

    L’Histoire mise au service du nationalisme ne

    vaut pas mieux que l’ignorance...

Un élève du même âge en Croatie apprend que, « avec les Serbes, la paix n’existe pas », car, d’après les manuels d’histoire, « ils tuent, pendent, massacrent, volent, brûlent et enlèvent les gens pour les enfermer dans des camps ».

La même vision apocalyptique imprègne les lycéens de Bosnie-Herzégovine. Le ministre de l’éducation précise en effet, dans l’avant-propos du programme scolaire, que « la finalité de l’éducation est que nos enfants apprennent à se défendre dans le monde hostile qui les entoure et à devenir assez forts pour résister à l’extermination ».  

 

Les Hommes sont-ils si fiers, au point de ne vouloir admettre aucunes de leur faute et de voir toujours dans « l’autre » le mauvais, le criminel ou le barbare ? Les hommes sont-ils aveugles au point de ne pas voir que l’histoire de toutes les nations, de toutes les ethnies, de tous les groupes humains ont avant tout tellement de similitudes ? Pourquoi les hommes ne veulent-ils pas la paix ? Pourquoi ne veulent-ils pas se comprendre ? Sont-ils trop fiers, trop arrogants ou trop ignorants ?

 

On a fêté il y a peu la réalisation d’un livre d’histoire commun franco-allemand. C’est un premier pas, tant mieux, mais il est bien faible. Si près de 60 ans ont été nécessaires à ces deux pays aux liens si forts aujourd’hui pour réaliser cet ouvrage, j’imagine combien de temps seront nécessaires pour un livre d’histoire commun à toute l’Europe… sans parler d’un livre d’histoire commun à tous les Hommes !

 

 

Le célèbre Ernst Jünger disait, après la Première guerre mondiale, dans son célèbre roman-journal Orage d’acier (1919) que l’ « on fera la guerre aussi longtemps qu’il restera des hommes. » Je dirais plutôt qu’on fera la guerre aussi longtemps que des hommes voudront la faire et, par conséquent, aussi longtemps qu’ils seront fermés sur l’histoire du monde et des hommes, fermés sur la connaissance d’autres langues et d’autres cultures, non envieux de mieux connaître et mieux comprendre « l’autre ».

 

Michel

 

 

1 – Le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) inculpe Milosevic de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité le 27 mai 1999. Il meurt en détention le 11 mars 2006 alors que son procès était encore en cours.

2 – Ancien dirigeant nationaliste du Parti radical serbe (SRS), aujourdh’hui en jugement au TPIY.

3 – Général de l’Armée de la république serbe de Bosnie. Recherché par le TPIY pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide.

4 – Ancien chef politique du Parti nationaliste serbe de Bosnie-Herzégovine (SDS). Recherché par le TPIY pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide.

5 – Travel guide, Serbia in your hands, Komshe tourism, 2005.

6 – La proposition de loi reconnaissant officiellement “la guerre d’Algérie” a été voté le 10 juin  1999 par les députés et le 5 octobre de la même année par le Sénat.

7 – Amin Maalouf, Les identités meurtrières, Grasset, 1998.    

8 – Gordana Igric, Le Monde diplomatique, Il était une fois une fédération, Relectures guerrières de l’histoire Yougoslave, septembre 1995.

 

 

 

 

-LA SERBIE, EN BREF :

 

medium_800px-Europe_location_SRB.2.png

Son nom :

« Srbija » (i. e : Pays serbe, Serbie), en référence aux « Serbes », peuple slave (aux origines caucaso-iranienne ?) venu s’installer dans les Balkans au VIIe siècle de notre ère.

 

Superficie : 

Environ 90 000 à 105 000 km² (suivant que l’on y compte - ou pas - le Kosovo et le Monténégro).

 

Capitale :

La capitale de la Serbie est aujourd’hui la ville de Belgrade (Beograd) :

Une ville qui, au confluent du Danube et de la Save, compte actuellement environ 1,5 millions d’habitants. 

 

Principales grandes villes :

Comme principales grandes villes du pays, on pourrait citer les villes de Bor, Kraljevo, Kragujevac, Nic, Novi Pazar (dans le Sandjak), Novi Sad (en Vojvodine), Pancevo, Pristina et Prizren (au Kosovo), Smederevo, Subotica, Uzice, etc.

 

Drapeau :

medium_800px-Flag_of_Serbia_state_.svg.pngUn drapeau tricolore horizontal ’’rouge, bleu, blanc’’ rappelant les couleurs panslaves du XIXème siècle.

Drapeau frappé, en son centr