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19 May 2006

Zadar, Split, Dubrovnik.

Lundi 20 mars au Dimanche 26 mars.
Après de nombreux préparatifs, nous finissons par partir, direction Zadar. Tout semble nous sourire: la température avoisine les 20 degrés, la radio, contre toute attente, diffuse une musique délicieuse, un nouveau voyage commence ??? Je prends le volant et conduis près de 400 kilomètres. Enfin, nous faisons une halte,  Il reste encore 189 km à parcourir. Nous faisons une pause dans un bar à proximité de Zadar, apprécions le paysage montagneux et nous accordons un expresso. Un soap-opera (série télévisée) espagnol fait office d'animation, en version originale sous-titrée croate, quel entremêlement culturel! Nous arrivons à destination vers 19h30, un constat affligeant s'impose: nous avons payé plus de 40 euros de péage. Nous trouvons une place non loin du centre-ville, puis en profitons pour nous balader... Les ruines de Vukovar sont bien loin, le contraste est saisissant. La côte croate, (la Dalmatie) nous fait beaucoup penser à l'Italie. La température est douce, l’air marin, les palmiers jonchent les trottoirs, le centre-ville s'annonce prometteur...
Zadar compte environ 85000 habitants. C’est le premier jour du printemps aujourd’hui, mais le temps n’est malheureusement pas aussi clément que la veille, il pleut !!! Notre intervention se  déroule paisiblement, quand soudain à notre grande surprise, des journalistes débarquent une caméra à la main. Une équipe d'une chaîne nationale de Croatie est chargée de pousuivre le reportage effectué à Zagreb. Cependant celle-ci, au grand damne de notre interviewer, est rapidement sollicitée pour un autre shooting sans avoir terminé le nôtre. Les voies du quatrième pouvoir, (la presse), sont décidément impénétrables... Un groupe de professeurs, ainsi que le directeur nous attendent déjà dans un restaurant. Nous nous éclipsons peu après le repas, nous devons déjà partir direction Split, qui se situe à environ 170 km de Zadar. Les paysages de la Dalmatie sont sublimes, la mer, la montagne, les îles alentours, tout est féerique! Split compte environ 300 mille habitants, quel plaisir de s'aventurer dans un tel centre-ville: la mer, le marché, les édifices, l’influence romaine, l’opéra, la plage… Nous ne pouvons que nous extasier face à un tel spectacle!
Le réveil sonne vers 07h30, notre intervention est prévue au sein du Gymnasia 2 Split, vers 10 heures. Malgré notre avance, nous pressons le pas et nous dirigeons vers l’office de tourisme, on nous indique l’école sur le plan, on nous rassure nous disant que celle-ci se situe à environ 5 minutes de marche. Disposant d’environ 45 minutes, nous n’hésitons pas à prendre clichés et autres films souvenirs, enfin nous nous dirigeons vers la rue indiquée. La moue dubitative des passants que nous interrogeons nous fait rapidement comprendre que l'on nous a fort mal renseigné! C'est donc au pas de course que nous arrivons au sein de l'établissement, un professeur et... un journaliste se chargent de notre accueil. Nous convenons rapidement d’un rendez-vous avec celui-ci et commençons sans plus tarder notre intervention. Les jeunes gens présents, (une quarantaine de personnes), ont été dûment sélectionnés: deux étudiants par classe, un délégué accompagné d'un élève ayant manifesté un vif intérêt pour notre présentation, sont chargés de réaliser un compte-rendu à leurs camarades, (soit un impact sur plus de 20 classes). L'un des élèves va même jusqu'à rédiger un petit poème en anglais dans lequel il nous décrit sa vision d'un avenir harmonieux. Enfin, nous rejoignons les journalistes. Ceux-ci, à la manière de metteurs en scène, élaborent un reportage relatant notre expédition rêve d'Europe. Nous sommes interviewés face à la mer, faisons mine de dialoguer, effectuons de multiples manoeuvres avec notre véhicule... Le jeu d’acteur n’est pas de tout repos!
Nous partons le lendemain vers 16 heures. Dubrovnik est situé à environ 200 kilomètres. La nuit tombante nous empêche d’apprécier notre itinéraire à sa juste valeur. Arrivés à proximité du centre-ville, une voiture nous fait des appels de phare, il s’agit de notre contact qui a reconnu notre immanquable camionnette bleue, heureux hasard! Celui-ci nous aidera à trouver un parking sûr à proximité du centre-ville.
Le jour suivant, nous constatons lors de notre présentation une nette différence avec le public. Les jeunes gens de cette classe sont beaucoup plus expansifs. Ils nous posent des questions sur la façon dont nous considérons le conflit dans les Balkans, nous interpellent… Notre point de vue les intéresse. Ils récusent le jugement du TPI, (tribunal pénal international), qui ne ménage pas la Croatie, dénonçant les exactions, ici et là. Nous nous démenons pour leur démontrer qu’il n’y a pas de guerre propre, effectivement la Serbie a été le premier aggresseur, cependant certains Croates ont eux-mêmes commis nombres d'exactions… Peu après l’intervention, nous faisons un tour dans une voiture très prisée ici: la 4L, direction un studio radiophonique où nous nous faisons interroger. Nous profitons de l'après-midi pour visiter la ville, cependant après quelques heures l’ennui nous gagne, que faire ? La mine renfrognée nous nous dirigeons vers un pub afin de poursuivre notre labeur...
Le soleil est éclatant aujourd'hui, sans l'ombre d'une hésitation nous enfourchons nos vélos et tâchons de gravir quelques côtes, non des moindres! Nos efforts sont cependant récompensés: la vue est tout simplement splendide. Attention tout de même, au sommet de la montagne qui surplombe Dubrovnik, certains terrains sont encore minés, il s’agit d’être prudent. A nouveau nous changeons de cap, direction Mostar. A proximité de la côte, Michel fait brusquement demi-tour!!! Il veut prendre son premier bain de mer, nous nous jetons à l’eau non sans difficultés… Revigorés nous repartons direction la Bosnie-Herzégovine, une mauvaise surprise nous attend cependant. Sans carte verte, nous ne sommes pas autorisés à traverser la frontière et un dimanche il est impossible de se procurer le précieux document !!! La mort dans l’âme nous rebroussons chemin et passons la nuit dans une petite ville croate à proximité de la frontière…

Yves Mouillet
yvouche@yahoo.fr

17 May 2006

Rêve d'Europe en Roumain

Vis european


 
 
 
Realizam un proiect de calatorie care îsi propune îmbinarea a trei pasiuni: cea de a calatori; descoperirea alteritatii, a logicilor culturale ce forjeaza identitatea, a diverselor sisteme de învatamant; în fine, pasiunea pentru constructia europeana.
 

În urma cu mai mult de treizeci de ani, Denis de Rougemont scria într-un studiu pregatit în colaborare cu Asociatia europeana a profesorilor si redactat la cererea Centrului cultural european din Geneva: «Pentru a functiona cu adevarat, un regim democratic necesita sa fie înteles de majoritatea locuitorilor tarii respective. Iata de ce învatamantul public obligatoriu s-a nascut în acelasi timp cu democratiile noastre. (…) Unificarea Europei presupune, de fapt, aceleasi exigente ca si democratia : acesta unificare trebuie sa fie dorita si inteleasa de majoritatea locuitorilor Europei. (…) Devine asadar imperativa promovarea unui civism european »

 

Aceste rânduri ale lui Denis de Rougemont reflecta limpede ceea ce încercam sa realizam pe durata unui an: promovarea unui spirit civic european. În acest sens, suntem animati de o viziune globala asupra constructiei identitare si a inserarii ei intr-un proiect politic. În opinia noastra, lumea actuala necesita o abordare complexa si multiculturala a identitatii, o abordare în armonie cu proiectul european. Cetatenia europeana este, în esenta, o cetatenie multiculturala însa este necesar ca fiecare sa aiba posibilitatea de a o trai astfel. Consideram ca un asemenea tip de perceptie nu poate fi atins fara a ne confrunta noi însine cu necunoscutul, atât intelectual cat si fizic. Prin calatoria noastra, suntem consecventi unei logici initiate acum câtiva ani, aceea de a descoperi alteritatea si, deci, în acelasi timp, pe noi insine, pentru a fi apoi capabili de a explica unei clase principiile «complexitatii» si ale logicilor de constructie identitara. Acest tip de învatamant devine crucial într-o Uniune Europeana care nu reuseste înca sa decanteze o imagine clara a identitatii sale. Identitatea aceasta nu poate fi decât complexa si multiculturala, depâsind, asadar, procesele nationale de forjare a identitatii, fara însa a le discredita sau nega. Însa nu este mai putin adevarat ca exista un decalaj profund între ceea ce implica cetatenia europeana si modul in care popoarele europene o percep. Rezultatul referendumul organizat în Franta pentru validarea Constitutiei europene ne-a aratat, înca o data, cât de predominant ramane cadrul national în modul de gândire al cetateanului. Nimeni nu este înca în masura sa defineasca pe termen lung care vor fi consecintele respingerii Constitutiei de catre poporul francez si olandez, însa este incontestabil ca Uniunea Europeana traverseaza o criza majora si de durata. Ori noi suntem convinsi de faptul ca cetatenia europeana poarta în sine valorile si logica unei cetatenii mondiale. Proiectul european este, asadar, un vector sigur de modernitate pentru Europa si lumea intraga, necesitând tocmai de aceea o transmitere optimala a modurilor în care aventura europeana poate fi înteleasa si traita. Rolul profesorului este, în acest sens, major. Pentru a-si indeplini bine rolul, este necesar ca el insusi sa adopte o «gândire complexa»[1] si interculturala, în special prin prisma cunoasterii de limbi straine si a experientelor acumulate in diverse tari.

 

Este vorba, în consecinta, de a reusi sa ne întelegem mai profund propria cultura, propria identitate, îmbogatind-o prin aporturile altor culturi, si anume, în contextul periplului nostru, cu aportul altor culturi europene. Identitatea tine, fireste, de o dimensiune teoretica, abstracta, însa, înainte de toate, ea tine de o dimensiune sensibila, direct perceptibila. Pentru a putea fi înteleasa si asimilata, o identitate trebuie sa fie traita si, abia apoi, explicata. Iata de ce punem accentul de fiecare data pe utilizarea programelor europene pro-mobilitate de tip Erasmus, Serviciul voluntar european sau Leonardo da Vinci si care permit tocmai realizarea acestei dimensiuni sensibile, necesare, a experientei europene. În ceea ce priveste propriul nostru periplu european, acesta ne permite sa prezentam în cunostinta de cauza logicile ce sustin «cultura europeana», «identitatea europeana».

 

Dispunând de o experienta prealabila pentru a monta un asemenea proiect (confer CV), calatoria ne va permite sa perfectionam interventiile noastre in scoli. Temele abordate sunt identitatea, logicile multiculturale, democratia, Uniunea europeana si cetatenia activa (detalii suplimentare sunt disponibile în dosarul de proiect, disponibil pe Internet la adresa: http://reve-europe.blogspirit.com).

 

Proiectul este sponsorizat si sustinut de Consiliul Europei în cadrul programului «2005, anul european al cetateniei prin educatie»).

Pâna în prezent, am realizat zeci de interventii în Franta, 9 în Republica Ceha, 14 în Slovacia si 13 în Ungaria.

Iata, deci, scopul calatoriei noastre: conjugarea teoriei cu practica, predarea «complexitatii» si a logicilor multiculturale, experimentate zi de zi pe durata calatoriei, transmiterea a ceea ce înseamna identitatea europeana prin prisma eforturilor pe care le facem noi însine de a ne apropia cât se poate de mult de ceea ce am putea numi un european.


 
 
Cei doi protagonisti ai calatoriei:

MOUILLET Yves, 24 de ani, cu o dubla nationalitate franceza (din parte tatalui) si poloneza (din partea mamei) a absolvit un Master european specializat în predarea francezei non-francofonilor. Yves a efectuat numeroase sejururi în strainatate, printre care 6 luni in Spania, ca student Erasmus si lector la Universitatea Ciudad-Real. Ulterior, a petecut 6 luni in Germania în calitate de profesor la Institutul francez din Leipzig[2].  Anul trecut, Yves preda franceza la Universitatea Nancy 2. Ocupa totodata functia de presedinte al Tinerilor europenei din Nancy si se ocupa de programul «Europa la scoala». Yves vorbeste fluent poloneza, germana, spaniola si engleza.

 

PIERPAOLI, Michel, 25 de ani, de nationalitate franceza, termina anul acesta un Master de «Studii europene», la Sorbona. De formatie umanista, Michel este familiarizat cu Germania dat fiind o serie de experiente profesionale în Frankfurt. Anul trecut, a petrecut 6 luni in Polonia, la Katowice, în cadrul Serviciului Voluntar European. Cu aceasta ocazie, a lucrat la centrul regional european de informare a tineretului si a realizat numeroase interventii despre Europa în institutii de invatamant poloneze. Anul acesta, Michel este responsabil de misiune în cadrul proiectului Tinerilor europeni Franta intitulat «Europa la scoala», proiect sustinut de Ministerul educatiei nationale (Franta) si de Consiliul Europei. Michel vorbeste fluent engleza si detine un bun nivel de germana si poloneza.

 
 

Itinerariu si tari traversate:

 

Tarile parcurse vor fi, în prima faza, patru dintre noile membre ale Uniunii europene: Republica Ceha, Slovacia, Ungaria si Slovenia (Malta va fi evitata din cauza dificultatii de acces, inclusiv financiare). Vor urma Croatia, Bosnia-Hertegovina, Albania, Macedonia si Serbia-Muntenegru. La Nord de Serbia-Muntenegru, vom traversa cele doua tari ce vor adera la Uniune in 2007: Romania si Bulgaria. Între cele doua tari, vom vizita Moldova. Apoi, Turcia ce figureaza în centrul dezbaterilor actuale despre identitatea europeana si frontierele Uniunii europene. Ne vom continua calatoria în Ucraina (Bielorusia fiind ocolita datorita regimului politic ce presupune riscuri de arest pentru noi si imposibilitatea de a ne desfasura activitatea în institutiile de învatamant; în ceea ce priveste Rusia – timpul limitat nu ne va permite sa o parcurgem.) În sfarsit, vom încheia cu cele trei tari balte, Estonia, Letonia si Lituania si, ultim obiectiv al calatoriei, Polonia careia îi vom dedica ceva mai mult timp.

 
 

Durata calatoriei:

 

Intentionam sa parcurgem cele 21 de tari in 9 luni. Spatiul geografic parcurs, desi important, a fost limitat la cele 20 de tari pentru a ne permite sa petrecem cel putin 15 zile în tarile mai mici (Slovenia, Estonia etc.) si pâna la 1 luna în tarile de talie mai mare (Polonia, Turcia etc.)

 
 

Mijloc de transport:

 

Pentru a dispune de suficienta libertate de miscare, calatoria va fi efectuata la bordul unei camionete de dimensiuni mari (o Ford Transit FT 190, complet amenajata), care va îndeplini rolul de camping-car (dormitor, «birou», spatiu de stocaj pentru bagaje si alimente etc.) Vom beneficia, de asemeni, de doua biciclete. Pentru detalii, puteti consulta site-ul blog, la rubrica Galeria Foto «Amenajarea camionetei» (http://reve-europe.blogspirit.com)

 
 

Buget:

 

Proiectul dispune de un buget total de aproximativ 26500 euros. Sponsorii nostri sunt Comisia europeana («Programul pentru Tineret»), Ministerul Afacerilor europene, Ministerul Tineretului, Sportului si al Vietii asociative (Laureati «Défi jeune» - Challenge tanar - din Lorena), asociatiile Tinerilor europeni Franta, si Miscarea Europeana Franta, orasul Nancy si banca Crédit Mutuel (Premiul doi pentru regiunea Ile-de-France la concursul «Les jeunes qui osent» - Tinerii care îndraznesc.)

 

Traduction: Mihaela LAFFONT


[1] Studiile lui Edgar Morin în domeniu sunt revelatoare.

[2] Nu citam decât sejururile mai lungi, consacrate unei experiente profesionale.

16 May 2006

Osijek - Vukovar

Du 15 au 20 mars 2006

 

Une destination pas comme les autres. Ces deux villes, situées en Slavonie, toutes proches de la frontière avec la Serbie-Monténégro ont été en première ligne lors du conflit de 1991.


Nous arrivons dans la ville de Osijek le mercredi 15 mars au soir et nous avons du mal à nous dire que nous sommes en Croatie. Nous pourrions tout aussi bien être en Hongrie, Slovaquie, Pologne ou un autre pays d’Europe centrale. Impossible de voir une réelle différence.

Le lendemain, nous réalisons notre intervention dans une école de médecine. A la fin de notre exposé, une élève nous propose de réaliser la même intervention devant des bénévoles de la Croix rouge. Nous acceptons. Le public sera très réceptif. Pas étonnant, car en terme de « citoyens actifs », nous n’avons rien de fondamental à apprendre à ces jeunes gens. Nous passerons une excellente fin de soirée avec eux, bars, concert dans un caveau et hospitalité chez l’une des élèves.

Nous quittons la ville le lendemain pour Vukovar, distante seulement de quelques dizaines de kilomètres. Osijek nous avait déjà sensibilisé avec la guerre du fait de nombre de ses bâtiments encore recouverts d’impact de balles. Mais cette fois, nous rentrons dans une ville en ruine. A croire que le conflit vient juste de se terminer alors que 15 ans se sont déjà écoulés depuis la fin des hostilités.

Il faut savoir que Vukovar est un symbole. Après la déclaration d’indépendance de la Croatie, le 25 juillet 1991, la guerre éclate entre ce pays et les milices serbes appuyées par les forces de l’armée yougoslave. Une guerre qui durera jusqu’en janvier 1992. La ville de Vukovar, qui se trouve juste sur la frontière, sera assiégée pendant plus de trois mois par près de 600 chars et véhicules armés, entre 40 et 60000 soldats et régulièrement bombardée par l’aviation. Le 18 novembre, l'armée fédérale et des unités paramilitaires serbes prennent finalement la ville, totalement détruite, qui n’était défendue que par quelques milliers de soldats mal armés. C’est ce qui se dit, mais ces chiffres sont à vérifier, bien entendu ! Reste que lors de la prise de la ville, les massacres furent très importants, ainsi que dans les environs, comme à Nadin et Sabrinj où 99 civils furent éliminés.

Nous trouvons facilement la maison de l’Europe car la ville est minuscule. C’est une maison comme les autres, qui a été rénovée à l’intérieure mais reste marquée par la guerre à l’extérieure. Notre intervention se déroule sans encombre avec un public de Croates, de Serbes et même de Hongrois. Pour la première fois nous allons bénéficier d’une faveur que nous attendions depuis le début du voyage. La directrice nous donne les clés de la maison de l’Europe et met à notre disposition une pièce où nous pouvons nous installer et rester tout le week-end. Parfait ! Quel régal de pouvoir bénéficier de locaux tout en étant complètement libre et autonome.

 

Nous passerons donc le week-end dans cette ville très spéciale où la moitié des bâtiments sont encore en ruine, éventrés et totalement recouvert d’impacts de balle. Ce spectacle singulier nous fait ressentir tout particulièrement l’horreur de la guerre. On s’imagine avec une facilité déconcertante les militaires aux aguets derrière chacun des murs et la férocité des combats qui ont ravagés cette ville. Une sorte de ville fantôme mais à moitié seulement car aussi pleine de bâtiments flambant neuf, d’un hôtel quatre étoiles ultra moderne juste à côté de la carcasse de l’ancien palais des sports, et d’habitants qui pourraient être les mêmes que dans n’importe quelle autre ville. C’est une « ville musée » et je ne cache pas mon désir de voir ce genre de ville conserver certains quartiers en ruine comme témoignage de la folie de la guerre. Car il faut bien comprendre que voir des photos ne peut donner le même sentiment que de marcher dans les rues de cette ville. Y passer quelques jours vous imprègne d’une manière étrange, presque indescriptible. Tout comme visiter Auschwitz (ce que nous avons fait avec Yves en Pologne en 2004), la visite d’une ville en ruine est une expérience à vivre. Mais je sais également que pour ceux qui vivent ici, il est impossible de leur demander de conserver leur ville en l’état.  Les habitants que nous avons rencontrés se plaignent déjà de la séparation des communautés. Les Serbes vont dans les écoles serbes, les Croates dans les écoles croates. Alors la guerre, on veut l’oublier et c’est bien compréhensible. Mais je reste persuadé qu’il pourrait y avoir une possibilité de placer cette ville au « Patrimoine mondial de l’UNESCO » où de la classer d’une manière ou d’une autre et de lui donner la possibilité de se reconstruire de façon à sauvegarder de larges traces du conflit. Un pari osé, mais pourquoi pas ! Les hommes sont toujours fiers de devoir assumer des responsabilités. Ce n’est pas rien que d’assumer celle de « témoin des horreurs de la guerre » pour les Européens d’aujourd’hui et de demain. D’ailleurs, pour preuve de l’adaptation incroyable dont sont capable les êtres humains, Daniela, notre « guide » lors de la visite de la ville, nous avoue qu’elle n’avait plus conscience qu’il y avait tant de bâtiments en ruine. Pourtant on ne voit que cela ! Mais c’est peu comprendre que l’on s’adapte très vite à son milieu et, surtout, que l’on ne voit que ce qui nous intéresse. Daniela ne voit même plus les ruines de sa ville, où plutôt, elle n’y prête plus attention. La vie reprend toujours le dessus. Et il est vrai que le contraste entre les habitants, en particulier des jeunes habillés de manière « ultra-fashion », et les bâtiments qui les entourent, à moitié dévastés est plutôt surprenant. Les jeunes s’amusent comme partout ailleurs et nous fêterons la Saint Patrik dans le nouvel Irish pub de la ville, dans une ambiance que l’on retrouve dans toutes les autres villes.

 

Nous avouons que pour nous, c’est la première véritable « nouvelle » expérience du voyage. Avoir passé trois jours dans cette ville étrange nous a marqué, mais de manière très positive. Faute d’avoir vécu réellement la guerre, c’est la visite de cette ville qui nous en a donnée l’impression la plus forte, bien plus que n’importe quel film ou documentaire.  

 

Nous quittons Vukovar le lundi matin. Plus de 600 Km nous attendent jusqu’à la ville de Zadar qui se trouve sur la côte de l’Adriatique.

 

Michel

 

michelpierpaoli@yahoo.fr