23 November 2006
Kosova, Stève
28 avril au 1er mai 2006
Nous allons passer quelques jours de « repos » chez Stève, c'est-à-dire arrêter de changer de ville et de rencontrer de nouvelles personnes toutes les cinq minutes.
Stève est une personne occupée et nous passons nos journées en solitaire à travailler. Nous le rejoignons régulièrement à l’antenne locale de la Démocratie du Conseil de l’Europe dont Stève est le directeur. Et dire que ce dernier est arrivé au Kosovo en faisant un Service Volontaire Européen! Aujourd'hui, il parle parfaitement albanais et il est devenu un personnage incontournable de la vie politique et sociale.
Alors même si nous passons peu de temps ensemble, Stève nous en apprendra beaucoup sur le Kosovo.
Par exemple la police. En fait, à ma grande surprise, elle est totalement indépendante de l’ONU. Un policier ne gagne que 160 € par mois. Par contre, si ces derniers ne sont pas corrompus, c’est parce que la police est l’une des fiertés du Kosovo et que si elle donne une mauvaise image d’elle-même, les gens n’hésitent pas à aller dénoncer les « flics véreux ». Cette explication corrobore ce que nous pensions au sujet de notre sympathique policière qui nous avait laissé repartir quelques jours auparavant sans nous donner de contravention. La volonté de faire une publicité positive de son « pays » ne devait pas être absente de sa générosité.
Stève nous confirme son récit par l’exemple d’un homme qui aurait dû payer une cinquantaine d’euros d’amende mais que les policiers ont laissé passer lui proposant de leur offrir le restaurant. Le pauvre bougre s’est retrouvé avec une note de plus de 100 € !!! La colère de ce monsieur l’a conduit directement au commissariat où il a dénoncé les policiers corrompus qui se sont fait renvoyés sur le champs !
Il nous raconte aussi toutes les incompréhensions et les idées fausses ou déformées qu’il a si souvent entendu en France à propos du Kosovo. Par exemple, ce jeune qu’il a rencontré à Nancy et qui, de retour d’un passage par les Balkans, racontait son « aventure ». A l’écouter, les Balkans était un vrai Far Ouest… en fait il frimait devant ses amis ! Ou encore ses touristes qui sont dans un bus et qui doivent payer une fameuse taxe au douanier. En fait, ces gens ne se sont pas fait rouler car il s’agit d’une taxe légale perçue d’une autre manière ou encore d’autres formalités administratives mal comprises. Bref, une jolie leçon d’interculturel qui nous montre combien nous sommes influençable et surtout bernés par nos propres préjugés.
Enfin, nous parlerons des moyens de vivre des habitants. Car nous n’arrivons toujours pas à comprendre comment les gens peuvent vivre alors qu’ils gagnent 200 € par mois maximum. L’essence coûte le même prix que chez nous, l’électricité est très chère, et même dans les magasins ce n’est pas si bon marché.
Stève nous explique que les gens font leur pain eux-mêmes (alors qu’un gros pain ne coûte que 25 c d’euro) et ne mangent pratiquement que ça avec une sorte de piment. Et tous les jours ils mangent la même chose ! Si le restaurant n’est pas cher, ce n’est pas vraiment parce que les produits sont moins chers, mais plutôt parce que le service ne coûte rien.
Et puis l'une des principales explications, c’est surtout qu’il y a des milliers d’Albanais du Kosovo qui travaillent à l’étranger et qui arrondissent les fins de mois de ceux qui sont restés sur place. En Suisse, ils seraient plus de 220000, et ils sont également présents en Suède, aux Etats-Unis, en France, en Allemagne ou encore en Australie.
Tout est souvent illusion ! On peut voir de nombreux cafés, certes, mais proportionnellement à la population de Gjilan, une population de 130000 habitants, ce nombre est en fait très faible. De plus, à bien regarder, ce sont toujours les mêmes personnes qui sirotent du thé aux terrasses !
Il nous explique aussi que pour l’électricité, le pays est découpé en zones A, B et C. Ce découpage est organisé en fonction de la régularité avec laquelle les gens paye leur facture. Il se peut que certains villages, pendant plusieurs mois, n’aient pas d’électricité.
Il nous dit aussi que si les maisons sont énormes, ce qui nous surprend beaucoup depuis que nous sommes ici, c’est que toute la famille vie à l’intérieur et que tous payent. Si le fils se marie, il viendra vivre avec sa femme dans la maison familiale. Cette explication recoupe la discussion que nous avions eue avec notre jeune ami à Ferizaj. Ce dernier nous expliquait combien il était difficile d’échapper à la tradition car le plus souvent un jeune couple ne peut faire autrement que de vivre avec ses parents et ses grands-parents dans une même maison. Le dernier des enfants aura à charge de s’occuper des grands-parents.
Au sujet des internationaux, Stève juge que beaucoup d’entres eux sont là pendant cinq ans et qu’ils n’ont toujours rien compris à la pauvreté au Kosovo. Néanmoins il trouve que cette communauté, celle des internationaux, est très riche au niveau humain. Certains sont des « paumés » qui n’ont pas réussi à s’intégrer dans leur pays d’origine, d’autre sont des gens géniaux qui croient en ce qu’ils font.
Michel
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17 November 2006
Pristina - Gjilan
Jeudi 27 avril 2006
Nous nous levons de bonne heure et nous rejoignons Réuf dans son magasin au centre ville. Nous en profitons pour faire quelques achats puis nous trouver un magasin pour photocopier notre carte grise que nous faxons ensuite, de la poste, à mon père.
Décidément, vive la technologie !!! Tout est résolu en quelques secondes. J’essaye de m’imaginer le même voyage 30 ans plus tôt. Il aurait nécessité trois fois plus de temps. Et 100 ans auparavant… je ne préfère même pas y penser !
Nous mangeons rapidement, buvons le thé traditionnel puis, dès que j’ai la confirmation que mon père a bien reçu notre fax, nous filons, direction Pristina. Arrivés dans la capitale, nous nous rendons immédiatement au Centre culturel français.
Petite surprise, l’accueil est glaciale, nous ne sommes plus les bienvenus ! Apparemment, il se trouve que le directeur n’est pas apprécié mes doutes quant à la récupération des 230 euro qu’il nous avait promis. Comme quoi tout est affaire de point de vue ! Il a sûrement ses raisons. Nous avons les nôtres. Après le cafouillage de l’organisation et les rendez-vous manqués, de notre côté, la confiance avait flanché. Cette réaction nous semble donc disproportionné et hypocrite. Mais c’est notre version ! Si il fallait écouter l’autre côté, nous serions sûrement, avec toutes les meilleures raisons du monde, les fautifs. Nous sommes bien trop habitués à ce genre d’incompréhension humaine pour tenter une quelconque tentative d’explication. Nous nous contentons de reprendre notre argent et de filer au plus vite. Voilà un mauvais souvenir dans notre poche. Il en faut aussi, après tout !
Heureusement, la chance ne nous abandonne pas car Stève, notre hôte de Gjilan se trouve sur place. Il nous propose très volontiers de revenir chez lui dans l’attente du courrier de mes parents, qui devrait arriver au Centre culturel français dans quelques jours. Parfait ! Nous attendons encore quelques instants la réponse d’un professeur qui souhaitait une de nos interventions.
Pendant ce temps, nous nous faisons accoster par A., un homme à la quarantaine, qui fait du théâtre et va souvent aux Etats-Unis. Il commence une discussion étrange où se mêle sous-entendus et petit jeu de devinettes. L’homme devient agaçant et nous le pressons d’en venir au fait. Pour faire simple, il tente de nous fait comprendre qu’il faut se méfier des employées internationaux féminins (ONU, OSCE, UE, etc) qui tenteraient de nous ramener chez elles le soir. Tient donc ! Nous lui avouons nos doutes quant à la possibilité de se faire « draguer » par les dites femmes qui ont souvent plus de trente ans. Il insiste ! Soit ! Mais alors, imaginons que cela puisse arriver, quel est donc le risque encouru ? Une fois de plus il faudra le cuisiner longtemps pour qu’il nous lâche enfin le mot « sida ». Nous ne nous y attendions pas ! Décidément le personnage nous semble de plus en plus étrange.
Il s’emporte et nous explique que ce sont les internationaux qui ont ramenés la prostitution ici. Bernard Kouchner l’ayant interdite, les internationaux ont ouvert des bordels dans lesquels ils ont fait venir des prostitués d’un peu partout en Europe et en particuliers des pays à risque. Soit, mais nous continuons à avoir des doutes sur le fait que le personnel international féminin s’occupe à draguer des jeunes de notre âge. Au contraire, rétorque-t-il, ici, les missions sont très longues et on a besoin de décompresser, même quant on est une femme. Il est plus facile pour elle de trouver un petit jeune inoffensif que de s’afficher avec une autre personne qui travaille dans les institutions internationales.
Il ne s’arrête pas là et continue de « vomir » sur l’ONU et son inefficacité, sur la corruption et les scandales. Pour lui la mission des internationaux depuis 1999 est un échec total ! Rien n’a changé à ses yeux et la situation reste indéterminée.
Il est révolté de voir ces internationaux qui gagnant 10000 € par mois et qui, au bout de cinq ans, reviennent avec 500000 € en poche. Ces mêmes gens qui ont l’immunité diplomatique et qui, si ils tuent quelqu’un en le renversant, par exemple, n’ont pour simple condamnation que le retrait de leur immunité diplomatique et l’obligation de rentrer chez eux, rien de plus ! Il nous donne l’exemple d’un américain qui à tué et violé une fillette de 12 ans et qui continue, de retour chez lui, une vie normale, comme si de rein n’était. Il termine sur Genève qui est, selon son expérience sur place, un endroit où il n’y aurait que des faignants! En sommes, pour lui, l’ONU est tout à fait inutile ! Lorsque nous lui demandons ce qu’il préconise, il n’a rien d’autre à nous proposer qu’une réponse qui pourrait se résumer à : « il faudrait que la corruption n’existe pas, que le monde soit plus juste et qu’il n’y est plus de guerre ! »
Que dire de ce réquisitoire ? D’abord qu’il n’est pas très difficile de compter les morts et de dresser des constats. Tout le monde peut pleurer sur l’injustice du monde et la cruauté des hommes. Soit ! Personnellement je préfère m’attacher à tenter de trouver des solutions à un état de fait plutôt que de dire que les choses ne devraient pas être comme cela. Si ce que nous a dit cet homme est vrai, cela ne remet nullement en cause l’utilité de l’ONU. La corruption existe partout, de la plus petite aux plus grandes structures institutionnelles. A l’ONU, comme en France, comme dans une entreprise ou une association, il y a toujours des êtres humains aux commandes, donc la possibilité d’un « dérapage » ou d’un mal fonctionnement. Pour éviter cela, une seule solution : remplacer les hommes par des machines !
Je termine donc la discussion avec ce monsieur en lui souhaitant que les futures élites du Kosovo, ou les élites actuelles, ne soient pas corrompues et qu’il n’y ait pas de problèmes de fonctionnement étatique sinon, cela voudra dire que l’état est… inutile et qu’il faut s’en débarrasser! Cela n’enlève rien au fait qu’il y a forcément du vrai dans ce que cet homme nous a dit et qu’il est bien difficile de ne pas comprendre sa colère.
Enfin, nous partons pour Gjilan, rejoindre Stève dans son appartement. Sur la route, alors que Yves est au volant, nous aurons une altercation avec la police. Après 20 minutes à traîner derrière un camion, une ligne droite se présente enfin. Yves double. Au même moment, une voiture de police sur le bas côté fait signe au camion qui nous précède de s’arrêter. Ouf, ce n’est pas pour nous ! Mais une minute plus tard, la sirène du 4x4 flambant neuf de la police retentit derrière nous. M…. ! Nous nous arrêtons ! Une femme vient nous voir avec un large sourire et nous dit que nous allions « very fast » ! Nous lui expliquons tant bien que mal que nous étions simplement en train de doubler ce camion derrière lequel nous faisions du 40 Km/h depuis plus de 20 minutes. Elle ne démord pas ! Mais au bout d’un moment, à notre grand étonnement, elle nous laisse repartir. Nous sommes surpris ! Disons qu’il y avait là, peut-être, l’envie de donner une bonne image du Kosovo. Quelle que soit la raison, nous l’avons échappé belle !
Nous arrivons à Gjilan à la tombée de la nuit !
Michel
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10 November 2006
Frontière Kosovo - Monténégro
Mercredi 26 avril, suite.
Il est 17h. La route monte rapidement et c’est une véritable escalade qui commence. Monténégro veut dire « montagnes noires » et nous comprenons pourquoi. Je suis obligé de rester en troisième vitesse et même en seconde tout au long de la montée. Les paysages sont magnifiques mais un peu trop brumeux.
Enfin nous arrivons au poste frontière de la MINUK. Tout se passe bien, le douanier étant de la police locale et derrière, dans la petite cabine, un officier allemand supervise les opérations.
Le trajet jusqu’au poste frontière monténégrin est étonnamment long. La route est encombrée de quelques grosses pierres fraîchement tombées des hauteurs. Elle est même, à un moment, coupée en deux par un mur de neige qui n’a pas eu la politesse de s’arrêter avant de traverser ! Mais finalement, nous arrivons enfin au poste de douane.
Nous passons sur un tapis de mousse rudimentaire dont nous préssentons qu’il va servir de prétexte à une désinfection peu crédible. Bingo ! Un homme vêtu d’une blouse et d’un bonnet blanc avec le visage patibulaire vient nous réclamer cinq euro. Si ce « déguisement » a pour but de le faire passer pour une sorte de scientifique, le résultat est tout à fait comique. Mais notre douanier en chef, à la bedaine triomphante, n’est pas vraiment du genre… comique ! Nous nous faisons haranguer sauvagement pour nous faire garer sur le côté. Je descends de la camionnette et me dirige vers le guichet pour montrer nos papiers. Tout va bien, sauf qu’on nous demande une « green card. » Nous n’en avons pas ! Elle coûte 138 € pour rentrer au Monténégro… pas question ! Nous réfléchissons. Puis je rapporte nos papiers d’assurance qui sont, en fait, munis d’une carte verte. Donc nous pouvons passer, ouf !
Mais au moment de remonter dans la camionnette, le douanier en chef veut vérifier une nouvelle fois nos papiers. Il remarque alors une anomalie. Le numéro de la plaque d’immatriculation n’est pas le bon ! Impossible ! Je cours chercher l’autre papier, le second que j’avais fait avec l’achat de notre nouvelle camionnette. Mais il n’est pas bon également. Je n’y comprends plus rien ! Après quelques minutes de réflexion et d’échanges houleux avec le douanier qui tient à profiter de son « exploit » pour nous marcher un peu plus dessus, je comprends l’énorme bourde dont je suis responsable. Inutile de vous dire que le douanier derrière le guichet se fait, à cette occasion, remonter les bretelles par son supérieur !
A l’achat de la camionnette, je suis allé faire une nouvelle carte grise à la dernière minute, sans penser qu’il fallait notifier à mon assurance le changement de plaque d’immatriculation qui en découlait. P….. ! Nous voilà bien ! Notre assurance de 230 € pour le Kosovo a encore à peine plus d’une semaine de validité et il va falloir que mes parents cours à l’assurance pour se faire faire des papiers à jour et nous les envoyer ici. Combien de temps par la poste pour le Kosovo ? Assez vite, je l’espère ! Nous n’avons aucune envie de devoir repayer 230 € d’assurance.
Dépité, nous n’avons pas d’autre choix que de faire demi-tour. Arrivés au poste frontière de la MINUK, les douaniers tentent de comprendre pourquoi nous sommes de retour et prennent notre défense en arguant que les douaniers monténégrins n’avaient pas le droit de nous interdire de passer. Leur bonne foi nous touche mais nous sommes dans notre tort. Nous réussissons à contacter Réuf pour savoir si nous pouvons redormir chez lui pour cette nuit. Il accepte immédiatement et nous arriverons au centre ville juste à la tombé de la nuit. Nous donnons un dernier coup de téléphone à notre contact du Monténégro qui avait spécialement préparé des interventions à l'occasion de notre passage. Je déteste ce genre de situation car cette fois, impossible de décaler. Nous n'irons plus au Monténégro!
De retour chez Réuf, sa femme nous fait à manger. Réuf vient même nous ouvrir une bouteille de vin. Nous sommes gâtés, comme d’habitude ! Après le repas, nous discuterons de la guerre avec lui. Il nous montrera les photos de sa maison détruite et nous expliquera comment il a mis de l’argent de côté pendant de longues années pour se payer cette maison dans laquelle il vit à présent avec sa famille. Il est enseignant de français mais il a aussi un magasin de lingerie. Il nous en montrera les réserves à la cave. Il a travaillé sans discontinuer pendant toutes ces années, 7 jours sur 7, sans jamais partir en vacance.
Il nous expliquera aussi la fonction de l’étrange maison qui se trouve devant la sienne et où il y a des sortes de cercueils. En fait, sa famille faisait parti d’une secte musulmane de l’époque, du nom de Rifai. Le chef de la secte est le Sheh. Les membres de la secte s’appellent des Dervich. Les Sheh sont donc enterrés, comme devant chez Réuf, dans ce qu’on appelle un Turbe. Par contre il manquait le Teke, l’endroit qui est accolé au Turbe et où les gens vont prier. Cela n’empêche pas les passants de prier, chaque jour, devant le turbe ou d’y mettrent de l’argent dans l’endroit dédié à cet effet. A cette occasion ils font des vœux. Epatant ! Inutile de préciser que le Turbe fut également détruit pendant la guerre.
Enfin, j’en profite pour me faire rappeler par mes parents afin de leur expliquer notre petite mésaventure et la mission qui les attend… heureusement qu’ils sont là, depuis le début, jusqu’à la fin de cette aventure !
Michel
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04 November 2006
Pejë (Pec en Serbe)
Mercredi 26 avril 2006
Le lendemain, réveil vers 9h. Je quitte la maison pour une « mission photo » avant notre intervention. Ca vaut le coup, notamment parce que, aujourd’hui, c’est jour de marché ! Un « souk » impressionnant ! Toujours la même anarchie que d’habitude mais pire encore cette fois !
Réuf nous emmène dans son école vers 13h. Une fois de plus notre intervention se passe à merveille.
Une jeune élève qui a passée cinq ans en Belgique fait la traduction. Cette dernière nous donnera une réponse intéressante. En effet, lorsque les jeunes nous disent que la France leur fait penser à la mode (un des clichés classiques) nous leur répondons qu’ils seraient surpris de constater qu’ils sont ici, au Kosovo, souvent bien plus à la mode qu’en France. Ils sont surpris, sauf la jeune fille qui a passée plusieurs années en Belgique. Elle nous explique qu’ici, « nous n’avons que ça à faire » alors que lorsqu’elle était en Belgique, les gens sont occupés du matin jusqu’au soir et accordent donc moins d’importance à leur apparence.
Au sujet de la culture du Kosovo, l’un d’eux nous dit qu’ils n’ont jamais vraiment eu le temps de s’en construire une car ils étaient toujours occupés par quelqu’un d’autre. Ce qui n'est pas dénué de sens!
Nous parlerons aussi des rapports amoureux. Je leur donne l’exemple du baiser sur la bouche qui est en fait "culturel" et non "naturel". C’est un sujet délicat et on nous dit qu’ici, les rapports fille-garçon, sont tabous !
Au final, c’est une excellente intervention mais nous devons nous dépêcher de partir car, ce soir, nous sommes attendus au Monténégro.
Sauf qu'avant de partir nous aimerions beaucoup récupérer les 230 euro qui nous avait été promis par Paul. Les précédents ratés d’organisation commencent à me faire sérieusement douter de pouvoir les récupérer. J’essaye de l’appeler mais impossible de le joindre. Finalement nous préférons partir pour Pristina afin d’être sûr de récupérer notre argent.
Je décide de trouver un Internet café pour vérifier nos mails et là, surprise, il me dit qu’il n’y a pas de problème, qu’il va envoyer l’argent à mes parents… je ne sais pas quoi faire ! Notre expérience de voyage nous a appris à se méfier des promesses et je ne tiens pas à perdre 230 euro ! Néanmoins je pense qu’il y a peu de risque de « mauvais coup » mais je ne me gêne pour lui faire comprendre que nous avons dépensé une fortune en téléphone et que nous avons finit par douter de récupérer l’argent promis.
Il est 17h et nous filons pour le Monténégro... nous sommes en retard ! Mais, croyant être tiré d’affaire, la frontière va nous réserver une surprise inattendue et nous obliger à changer nos plans.
Michel
00:20 Posted in Où sommes-nous? | Permalink | Comments (0) | Email this
30 October 2006
Gijlan - Prizren
Mardi 25 avril 2006
Aujourd’hui nous allons à nouveau réaliser une intervention et Stève nous emmène jusqu’à l’établissement scolaire. C’est une école très simple où l’on se fait accueillir par un enseignant bien vivant et fort sympathique, qui parle un bon français. Nous réalisons notre intervention devant une quinzaine de jeunes très motivés. Malheureusement il faut rendre la salle rapidement mais le très beau temps nous permet de terminer notre discussion dehors, dans l’herbe. Ils nous parlent, comme d’habitude, des mêmes problèmes, surtout de la corruption et de l’égoïsme des gens. On apprend aussi qu’il y a 2000 élèves dans l’école alors qu’elle n’est vraiment pas grande. En fait les jeunes tournent, une partie a cours le matin, l’autre l’après-midi et les cours ne durent que trente minutes pour que tous puissent bénéficier de l’enseignement scolaire. Mais, vous l’aurez compris, les conditions sont loin d’être optimales ! Nous finirons par aller boire un verre dans un bar avec trois enseignants et trois élèves. On nous offre les cigarettes, comme d’habitude, et notre enseignant « bon vivant » n’en finit pas de nous raconter des blagues les unes après les autres. Fou rire garantis ! On discute aussi de la guerre. Cet enseignant s’est fait brûlé sa maison… comme beaucoup d'autres ! Nous avons une bonne discussion, notamment avec le jeune en face de moi. Les mêmes sujets, toujours, « la chance il faut la chercher », « on est manipulable lorsqu’on est pas informé », etc. Mais déjà nous devons partir et nous quittons nos amis pour la ville de Prizren.
Nous arrivons à destination vers les 17h. Une fois de plus une immense base militaire. Ici il semble que ce soit des Allemands et des Autrichiens. Décidément le Kosovo ressemble à une base militaire géante! Impossible, bien évidemment, de trouver une place dans la ville et nous nous garons sur un parking payant. En fait Prizren et plutôt jolie, étonnement fournie en mosquée, dont la plus grande est sans doute la plus belle que j’ai vu depuis le début du voyage. On recroise un convoi militaire allemand et nous allons prendre une pizza sur la place principale où il y a un spectacle de danse traditionnelle. Enfin, nous appelons notre enseignant de français sur place. Bonne nouvelle : il n’est pas là et l’intervention du lendemain est annulée !!! Génial ! Nous essayons de joindre Paul Chambry : impossible ! Finalement, les nerfs à vif (car les ratés organisationnels de notre ami Paul nous on fait liquider notre forfait téléphonique de 46 euro en deux jours) nous décidons de partir pour Pejë où Reuf, l’enseignant de français qui s’y trouve, nous dit qu’il peut nous recevoir.
On the road again ! Nous arrivons à la tombée de la nuit. Après la galère obligée pour se retrouver, nous sommes très bien accueillis dans la grande maison de Réuf, avec sa femme, sa fille de 12 ans et sa mère de 86 ans. Cette dernière ne nous posera qu’une seule question : « êtes vous mariés ? » (en albanais, bien sûr). Le fait qu’on ne le soit pas et surtout l’explication des mœurs françaises à ce sujet ne semble pas lui convenir… Yves me glisse dans l’oreille que sa grand-mère polonaise aurais eu exactement la même réaction !
Michel
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27 October 2006
Gnjilane (Gjilan en albanais)
Lundi 24 avril 2006 (suite)
Enfin nous filons vers Gnjilane. Nous passons à nouveau devant l’immense base américaine avec en prime un petit défilé d’hélicoptères, des UH60 BlackHawk... c’est comme à la télé !
Nous arrivons à destination et, bien entendu, impossible de trouver une place dans le centre ville. Nous atterrissons dans une station service en face d’une base militaire fermée. Nous téléphonons au professeur rencontré à Pristina pendant la réunion qui est censé nous accueillir. Mais ce dernier habite dans une autre ville à 30km… bravo l’organisation ! Du coup il nous donne le numéro de Stève qui est sur place. Mais c’est un mauvais numéro ! Nous appelons alors Paul Chambry de Pristina qui nous donne le bon. Cette mauvaise organisation nous coûte très cher en téléphone !!!
Stève passe nous prendre 15 minutes plus tard et nous le suivons. Il est en taxi avec son ami Jean Yves et ils ont rendez vous dans une sorte de grand restaurant tout à fait inattendu. Tout en bois, flambant neuf, à l’écart du centre ville, une sorte d’oasis de richesse où les clients ne semblent pas avoir de problème financier. Nous y mangeons avec Yves pour 11 euros seulement (pour le « pays » c’est énorme, bien entendu) en attendant que Stève est terminé son rendez-vous. Devant nous, une longue table réunie une trentaine d’hommes en costumes cravates. Je donnerais cher pour connaître les occupations de tout ce beau monde. Enfin nous repartons avec nos deux hôtes dans notre camionnette.
Stève connaît bien la population locale et nous dégote une place parfaite juste devant l’hôtel principal et à côté de la station d’arrêt des taxis. Il prévient les chauffeurs que nous sommes ses amis. Ainsi nous sommes assurés qu’ils se chargeront de surveiller notre camionnette. Parfait !
Avant d’aller nous coucher nous aurons une petite discussion plus qu’intéressante avec Stève et Jean-Yves sur la terrasse de leur appartement. Stève me raconte notamment la situation au Kosovo depuis 1995. D’après lui, les Kosovars organisaient depuis plusieurs années une résistance pacifique contre les Serbes. Mais après la suppression de l’autonomie en 1998 (si je me souviens bien), par Milosevic, les Kosovars ont tout recrée de manière clandestine (écoles, clinique, docteur, gouvernement, etc). Il y a eu une solidarité immense et une association pouvait compter 7000 membres, ce qui est énorme pour la taille du Kosovo (deux millions d’habitants). Or, avec le temps, les gens se sont fatigués. Certains ont jugé qu’il fallait radicaliser le mouvement et c’est comme cela qu’est née l’UCK (l’armée de libération du Kosovo).
La guerre de 1999 et l’intervention de l’OTAN furent un « succès médiatique » immense qui a eu pour principal effet un véritable « rush » d’ONG, d’organisations internationales et de fonds au Kosovo. Les « internationaux » ont afflué de partout : 40000 KFOR (armée de l’OTAN sur place) et on ne sait combien de personnel international. Des milliers d’ONG avec des sommes d’argent astronomiques. Il y avait des embouteillages de véhicules de la KFOR de Ferizaj à Gnjilane et des embouteillages d’internationaux de Ferizaj à Pristina, soit sur une longueur qui représente presque la moitié du « pays ». Ainsi, au début de l’intervention de l’ONU, à Pristina, il y avait un international pour quatre habitants.
(Cette photo n'est pas de nous. Elle se trouve sur la couverture du livre "Kosovo/Kosova")
Mais, d’après Stève, les internationaux ont cassé le mouvement citoyen. En effet, ils pensaient tout apprendre aux gens sur place, alors que ces derniers avaient organisé une société parallèle pendant plusieurs années. Ils ont renvoyé les gens qui étaient actifs pour former des jeunes au management. Les sommes disponibles passaient, en effet, de 600 euros par mois, voir moins, à des milliers, voir des millions d’euros. Mais quand les internationaux sont partis, et l’argent avec eux, les jeunes ont lâché leur travail et pendant ce temps là, les autres, ceux qu’ont avait mis de côté, se sont reconvertis.
No comment !
Michel
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25 October 2006
Urozevac (Ferizaj en albanais)
Lundi 24 avril 2006
Après le petit déjeuner à l’hôtel, Faton et son ami viennent nous chercher. Direction leur association où une trentaine de jeunes nous attendent. C’est une intervention classique et ces derniers sont plutôt bien conscient de la notion de citoyenneté active. Nous parlerons, entre autres, des nombreux problèmes pour réaliser cet investissement à cause de la situation au Kosovo. Par exemple, l’une des jeunes vit dans une famille de huit enfants et son père gagne seulement 40 euros par mois. Il lui dit qu’elle ferait mieux de travailler plutôt que « d’aller jouer à la volontaire ». En tout cas, ils sont très enthousiastes suite à notre intervention.
L’un d’entre eux se charge de nous emmener faire le tour de la ville. Encore plus que dans les autres, ici, se fait sentir cette impression de « désordre ordonné » très oriental. Petite originalité « touristique » de la ville : l’église orthodoxe joue des coudes avec la mosquée sur l’une des places principales de la ville. Impressionnant ! Décidément la mixité culturelle est d’une visibilité parfois déconcertante. Nous prenons un verre à la terrasse d’un bar et nous branchons notre jeune ami sur la question féminine. En effet, nous sommes toujours autant impressionnés par la mode vestimentaire « sulfureuse » des jeunes femmes, comme dans le reste des pays d’ex-Yougoslavie que nous avons visité. Nous abordons rapidement la question sexuelle. Nous avons droit à un discours qui, chez nous, se verrait qualifié de rétrograde : « une fille ne peut pas avoir beaucoup de relations sinon c’est mauvais pour sa morale », « elle peut être une victime, car l’homme peut la tromper sur ses intentions (c'est-à-dire avoir une aventure avec elle sans se marier) », « cela peut être un prétexte au suicide de la jeune fille. Aujourd’hui moins, mais après la guerre cela arrivait fréquemment »... Effrayant ! Par contre, il nous dit que les hommes ont le droit d’avoir plusieurs fois des rapports et qu’il se rend bien compte que c’est une « vieille façon de penser ». Je lui réponds que je ne pense pas forcément que cela soit une vieille façon de penser, mais je pense avant tout que ce n’est pas juste pour les femmes. Il est d’accord et il se dit prêt à vouloir changer cela. Mais le problème est qu’ici il faut affronter les parents et les grands-parents avec qui on est obligé de vivre car on ne trouve pas de travail et il est presque impossible de se construire une maison. Donc tout cela n’est pas si facile !
Il nous raconte aussi son histoire personnelle pendant la guerre. Lui n’est pas parti dans un autre pays, seulement trois semaines dans les montagnes où les conditions de vie étaient très difficiles. Un jour, son père est parti pour la ville ; Notre ami entendit alors retentir des coups de feu au loin. Il a attendu sur la route pendant des heures et lorsqu’il a vu revenir son père, ce fut le plus beau moment de sa vie. Leur maison a été détruite, comme presque toutes les personnes que nous rencontrons. Bien sûr, juste après la guerre, il ne fallait pas lui parler des Serbes. Mais maintenant ça va mieux ! Il se souvient notamment d’un camp de vacances qu’il a fait en Slovénie où il y avait des Serbes. Au début il était très anxieux. En fait, cela c’est si bien passé qu’au jour du départ, ils ont tous pleuré dans les bras des uns et des autres.
Puis c’est le passage chez le coiffeur. Ambiance boîte de nuit, avec seulement des coiffeurs masculins super fashion et très jeunes. On nous coupe les cheveux à tous les deux Nos coiffeurs sont très enthousiastes. Ils aiment parler avec nous et nous demandent plein de choses. Pour eux c’est important de voir que des étrangers s’intéressent à eux. On pose pour la photo ! A deux euros la coupe, je leur laisse un billet de cinq euros.
Enfin, rendez-vous avec Faton à 17h à l’association. Nous le suivons cette fois dans l’atelier d’un peintre. Très intéressant ! L’homme respire la sérénité et la gentillesse. Pendant la guerre, il est parti en Allemagne pendant cinq mois et ne désirait qu’une chose, revenir au plus vite dans son atelier. A son retour, la plupart de ses toiles avaient disparu et beaucoup ont été endommagé.
Encore une journée marathon fort riche ! Mais déjà il nous faut quitter nos nouveaux amis car nous sommes attendus à Gnjilane (Gjilan en albanais).
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23 October 2006
Ferizaj (Urosevac en serbe)
Dimanche 23 avril 2006
Le petit déjeuner de ce matin est tout à fait royal, à l’image de notre repas de la veille et nous repartons au centre ville le ventre lourd ! Pour rentrer à Pristina nous prenons le « combi », camionnette Volkswagen mini-bus. Une fois le plein de passager effectué, le chauffeur nous emmène… une véritable course poursuite, Schumacher n’a qu’à bien se tenir ! Tout le monde paye 1 euro quelque soit l’endroit où il descend. Les dépassements sont justes, très justes, et la fin de la course est un soulagement !
Nous arrivons à Pristina, prenons le temps d’une petite « mission photo », notamment pour prendre le « boulevard Bill Clinton », passons chez Emilie pour prendre nos affaires, puis repartons à l’université où nous avons rendez-vous avec Faton, président d’une association qui s’occupe de volontaire à Ferizaj. A 17h, nous le retrouvons avec l’un de ses amis et nous les suivons en voiture. Nous nous arrêterons dans une station service pour prendre un café. C’est l’occasion des présentations et d’une bonne discussion.
Faton est plutôt optimiste et veux l’indépendance pour son pays. Les « once upon a time it was like this, or like that » (une fois dans l’histoire, les choses étaient ainsi, ou comme cela) des Serbes le fond sourire car, pour ces derniers, le Kosovo est le berceau historique de l’Etat serbe. Pour lui les choses sont beaucoup plus simple. “Take it as it is now and try to do it better, that’s all” (prenez la situation telle qu’elle est aujourd’hui et essayez de la rendre meilleure, c’est tout), me répond-il. Il nous dira aussi que selon je ne sais plus quel sondage, les Kosovars sont les personnes les plus optimistes sur terre après les gens de Hongkong. Pourquoi pas ! Enfin, au sujet de l’ONU, il pense que ce dernier a fait une énorme bêtise de dire qu’il y avait les Serbes d’un côté et les Albanais de l’autre. Il aurait dû les faire travailler ensemble.
Nous reprenons la route et arrivons à Ferizaj pour la visite de l’association QPEA (Quendra për përparimin e edukimit dhe arsimit – Center for promotion of education – Centre pour la promotion de l’éducation). Arrive ensuite le père de Faton qui travaille comme expert au ministère de l’éducation et deux autres personnes dont un peintre. Après les présentations et les politesses d’usage, nous garons notre camionnette sur un parking juste à côté, à la place de leur 4x4 qui est une « donation des internationaux ». Sur le parking une bande de gamin s’amuse à brûler un carton et à sauter par-dessus. Nous partons à bord de leur jeep et avant d’aller au restaurant, nous passons devant l’immense base militaire américaine qui s’étend sur des kilomètres. Dommage qu’il fasse nuit mais c’est extrêmement impressionnant !
Au restaurant, flambant neuf, nous sommes rejoins par un anesthésiste qui travaille à Strasbourg depuis six mois et qui va rempiler pour six autres. Il est avec sa femme et son frère. Il est très sympathique et nous aurons une excellente discussion, notamment sur l’identité et l’Union européenne. Nous tomberons d’accord sur le fait que les institutions européennes manquent d’efficacité car il manque un réel gouvernement. Mais aussi que le fossé et immense entre « eux » et « nous » et qu’il faut prendre notre temps pour les élargissements. C’est l’avis de mon interlocuteur, alors qu’il est albanais et qu’il aime son peuple. Mais il pense qu’il vaut mieux dire la vérité, la réalité. Il me répète que « c’est à partir de la réalité que l’on peut construire l’avenir ». Et la réalité est que le fossé est « immense ». Il a raison ! Il me dit qu’il faut aider le Kosovo, mais qu’il ne faut pas se presser, qu’ils ne sont pas obligés de rentrer dans l’Union européenne immédiatement.
Après cette excellente soirée on nous emmène ensuite à notre hôtel. Ce dernier est plutôt kitch mais cela nous est bien égal. C’est quand même la première fois qu’on nous paye l’hôtel ! Cinq minutes à peine après notre arrivée nous sommes victimes d’une coupure de courant !!! Heureusement elle ne dure que dix petites minutes. Au balcon les crapauds du marais d’à côté fond un vacarme d’enfer ! Nous pendons notre linge un peu partout, celui lavé à Belgrade qui est toujours humide et ne tardons pas à nous coucher.
Michel
19:35 Posted in Où sommes-nous? | Permalink | Comments (7) | Email this
22 October 2006
Vushtrri (Vucitrn en serbe)
Samedi 22 avril 2006
Aujourd’hui nous avons rendez-vous avec Paul Chambry, le directeur de l’Espace Culturel Français. Si nous sommes au Kosovo, c’est grâce à lui car il nous a promis de payer l’assurance auto de 230 euro qui était nécessaire pour entrer dans le « pays ». En l’échange de quoi, il tient à nous « exploiter » au maximum jusqu’à mercredi, jour de notre départ pour le Monténégro.
Nous organiserons donc, avec les coordinateurs de français un petit tour du Kosovo agrémenté de quatre interventions. La négociation est difficile car nous ne pouvons pas rendre visite à tous les professeurs ici présent et certains ne manquent pas de nous faire comprendre leur frustration.
Plus tard dans l’après-midi nous montons en voiture avec Jaffer, l’un des professeur de français qui tient à nous montrer sa ville, Vushtrri. C’est une ville de 60000 habitants mais qui semble à peine en abriter la moitié. Il nous montre son lycée qui fut reconstruit grâce à la Région Rhône Alpe puis nous fait faire un petit tour de la ville, le vieux pont romain, le centre, la mosquée et le vieux château, romain lui aussi. Une fois de plus nous retrouvons cette ambiance orientale que nous avions trouvée à Mostar. La ville est une sorte de gros marché permanent et l’impression de « désordre ordonné » est toujours aussi sympathique. Partout des bâtiments en construction mais qui restent inachevés et, devant chaque magasin, l’indispensable groupe électrogène car les coupures de courant sont fréquentes. Nous finissons par prendre place à la terrasse d’un café.
Nous parlons de la guerre. Sans cesse il nous dira qu’il regrette la Yougoslavie de Tito. Il trouve stupide qu’on lui dise qu’il collabore si il parle à un serbe, ou encore qu’on le fasse culpabiliser si il va en Serbie, ce qui ne serait pas arrivé avant. Pendant la guerre, 50% de la population, soit 1million de personnes, ont quitté le Kosovo. Lui, il est parti avec sa femme et ses enfants en Allemagne, où vivait la sœur de sa femme. Il a trois filles et deux garçons. La plus grande, 25 ans, est déjà marié et à trois enfants. Nous parlons aussi du terrible problème du chômage des jeunes. Enfin, il s’attarde sur ses souvenirs de guerre. Les Serbes sont venus dans son village et lui ont dit qu’à 8h30 il devait quitter son domicile. Sur la route il s’est fait voler son argent. Il a demandé au soldat serbe qui le volait qu’il lui laisse au moins 20 mark sur les 80 qu’il lui a donné. Il l’a menacé de le tuer devant toute sa famille. Jaffer regrette beaucoup que la guerre est éclatée. « C’était bizarre ! » répétera-t-il plusieurs fois, « la guerre, c’était bizarre ». Un peu comme si il disait, « comment a-t-on pu en arriver là », ou encore comme si il avait encore du mal à s’imaginer que cela est bel et bien arrivé.
Nous allons ensuite à Mitrovica. Le paysage est magnifique. Arrivé là bas, toujours des mosquées et des vendeurs avec leur étale un peu partout. Nous nous dirigeons vers le fameux pont qui divise la ville en deux entre Serbes et Albanais. Il est fermé, bourré de barbelés et avec le maintenant rituel « headquarter ONU - UE ». Arrivé au pont nous prenons des photos et filmons. Le militaire français s’approche aussitôt. Nous n’avons pas le droit. Il nous dit de venir et je dois, devant lui, effacer les photos que je viens de prendre ainsi. Nous entamons la discussion avec ces deux jeunes soldats qui viennent de Colmar. Il leur reste 27 jours « à tirer » après 3 mois de présence. Nous leur expliquons notre voyage qui les enthousiasme. Ils sont jeunes, surtout celui qui nous a arraisonné. Puis nous allons, à leur conseil, au campement qui se trouve juste derrière. On se croirait au Vietnam ! Fort Alamo ! Nous sommes interpelés par les militaires à l’entrée. Ils sont vraiment jeunes, 23 ans maximum, armés jusqu’aux dents. Finalement nous ne pourrons pas entrer car il faut impérativement une permission spéciale. Dommage ! Enfin nous partons rejoindre notre hôte qui nous ramène chez lui.
La maison de Jaffer est grande, à l’écart du centre ville, avec au rez de chaussée le garage que tiennent ses deux fils. Quel dommage de ne pas avoir notre camionnette avec nous ! Nous aurions pu faire notre vidange avec des pros ! Nous montons et nous regardons la télévision après s’être fait servir du coca et un café. On nous propose le repas. Il sera excellent : purée, fromage style feta, salade, mini bourrek et viande fumé avec du pain fraîchement fait par madame. Nous aurons le droit à une coupure d’électricité avant la fin du repas. Tout de suite est démarré le groupe électrogène. Puis, après le repas, je propose de regarder les photos du voyage. On nous ramène du thé et milles gâteaux. Nous sommes de vrais pachas et toujours servis par les femmes. Ce trop plein d’hospitalité est loin de nous mettre à l’aise, bien au contraire ! Seuls les hommes regardent les photos, les femmes étant vite partis s’occuper du service. L’électricité revient. Nous demandons à nous coucher. Notre hôte insistera pour que nous ne travaillions pas dans notre chambre mais dans une pièce spéciale. Soit ! Nous pourrons fumer et on nous apportera tout le nécessaire à boire plus, quelques minutes plus tard, une coupe de fruit. Hallucinant ! Il y aura une seconde coupure de courant juste avant que je finisse mon travail et que je parte rejoindre les bras de Morphée.
Michel
14:25 Posted in Où sommes-nous? | Permalink | Comments (1) | Email this
26 September 2006
Pristina
Vendredi 21 avril 2006
Peu après le film, nous rencontrons Emilie, une volontaire internationale qui décide de nous accorder l’hospitalité...
Nous nous rendons au sein de l’espace culturel français... Paul, le remplaçant de l'attaché linguistique nous dresse un bref bilan de la situation. Pristina est la capitale et la plus grande ville du Kosovo, c'est également son centre administratif et culturel.
Nous effectuons un rapide tour dans la ville, il faut avouer que la différence saute cette fois aux yeux... Le marché noir est omniprésent: cigarettes de contrebande et autres produits jonchent les multiples établis... La ville me fait penser à un grand bazar. La plupart des individus ont l'air d'errer sans but, les cafés concentrés au centre-ville sont pour la plupart remplis. Le taux de chomâge est ici exorbitant, près de 47%, il n'est pas rare de voir une personne siroter le même café des heures, fumant cigarettes sur cigarettes pour donner le change... Je filme à la dérobée afin de ne pas attirer l'attention... Les militaires restent omniprésents... Quelques-uns sont noirs de peau, on me fait comprendre qu'il est difficile de se faire aider par des gens que l'on considère plus dans le besoin que soi-même... Voilà où mène la méconnaissance!!! Il est formellement interdit de filmer la base de la MINUK, je ne suis malheureusement pas parvenu à obtenir d'autorisation...
Ce soir nous retrouvons quelques Français travaillant pour la MINUK. Il nous parle de la situation ici qu’il trouve terriblement mal gérée... Je ne polémiquerai pas sur le rôle des forces internationales... Mais il est intéressant de constater que dans toutes situations, il n'y a jamais de caractère univoque...
Yves Mouillet
22:40 Posted in Où sommes-nous? | Permalink | Comments (0) | Email this






